Planification Familiale au Burkina Faso
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Facteurs Socioculturels de la Planification Familiale au Burkina Faso

Au Burkina Faso, les principales différences de normes résident entre le contexte rural et urbain du pays.

Certains considèrent que la pratique du catholicisme et de l’Islam encourage le rejet de la planification familiale. Cependant, beaucoup d’hommes et de femmes trouvent un certain soutien au contrôle des grossesses dans les textes religieux. Par exemple, de nombreux musulmans pratiquent l’abstinence post-partum et l’espacement des naissances, trouvant dans le Coran un soutien à la promotion de la santé maternelle en général. En raison des conditions économiques difficiles, de nombreuses familles considèrent également que Dieu ne souhaite pas qu’elles aient d’avantage d’enfants si elles ne peuvent pas subvenir à leurs besoins.

Contexte rural


De nombreuses familles vivent de l’agriculture de subsistance, ce qui fait des enfants un atout économique puisque ceux-ci travaillent en cultivant la terre.

Les enfants ont également une grande importance culturelle. Dans une société organisée autour des liens de parenté, avoir beaucoup d’enfants signifie avoir davantage d’influence. Le statut social des femmes est souvent lié à leur fertilité et au nombre d’enfants auxquels elles ont donné naissance (ainsi que l’influence qu’elles exercent par la suite sur leurs enfants).

La polygamie demeure relativement répandue en zone rurale ; pratiquement toutes les femmes sont mariées, et se remarient rapidement en devenant veuve. Le prestige de porter un enfant peut générer de la rivalité entre les femmes mariées au même homme.

Dans la mesure où le but d’un mariage est principalement de concevoir et élever des enfants, l’activité sexuelle en dehors (et surtout avant) le mariage est largement condamnée, particulièrement dans le Mossé (40% du Burkina Faso). L’abstinence est la seule méthode de contrôle des grossesses socialement acceptée pour les jeunes femmes célibataires, et l’utilisation de contraceptifs en dehors du mariage est considérée déshonorante. Les médecins eux-mêmes refusent souvent de prescrire des services de contraception aux jeunes femmes célibataires.

L’abstinence est également la principale méthode de contraception socialement acceptée pour prévenir les grossesses dans la période post-partum (8 mois dans les zones rurales, 6 mois dans les villes), bien que cette pratique ait légèrement décliné (DSH 2003 et 2010).

La planification familiale orientée vers l’espacement des grossesses et la santé maternelle ont plus de succès. Dans la mesure où les hommes ne s’occupent pas directement des enfants en bas âge, le coût physique et émotionnel des familles nombreuses reposent essentiellement sur les femmes. En dépit du désir des hommes et des femmes d’avoir une famille nombreuse, certaines femmes hésitent à avoir beaucoup d’enfants et sont plus facilement convaincue des bénéfices des méthodes naturelles ou modernes de contraception pour espacer leurs grossesses et protéger leur santé ainsi que celle de leurs nourrissons.

La communication sans tabou sur la planification familiale au sein des couples est rare.

Contexte urbain


Les zones urbaines en général, et Ouagadougou en particulier, sont caractérisées par leur population très hétérogène, où les habitants de différentes ethnies, religions, statuts économiques et niveaux d’éducation se mélangent et partagent de l’information, ce qui a encouragé les comportements en faveur de la planification familiale.

Alors que les enfants sont compris comme un atout économique en milieu rural, ils pourraient être facilement perçus comme un fardeau économique en ville, où la nourriture coûte cher, les logements sont difficiles à se procurer, et l’importance de la scolarisation est davantage reconnue. C’est pourquoi de nombreuses familles éprouvent le désir de limiter leur nombre d’enfants. En effet, beaucoup de personnes mentionnent le prix de scolarisation des enfants et autres coûts liés à l’éducation en ville comme une des raisons principales pour avoir moins d’enfants.

Avoir peu d’enfants préoccupe de nombreuses personnes qui comptent sur leurs enfants, ou le succès de leurs enfants, pour s’occuper d’eux à la fin de leur vie.

En raison du coût de la vie plus élevé dans les villes, la polygamie est moins répandue.

En raison du rôle des femmes plus actif dans la sphère publique, au travail et dans l’éducation, celles-ci tendent à se marier plus tard. Néanmoins, leur statut social demeure lié à leur statut marital, bien que cette relation soit moins forte dans les villes que dans les zones rurales ; dans les zones urbaines, les femmes peuvent gagner un certain statut social à travers leur succès professionnel ou économique.

Dans les villes, les couples vivent souvent ensemble (en revanche, dans les zones rurales les femmes mariées ont leurs propre maison). La cohabitation rend l’abstinence post-partum difficile et mène souvent à des grossesses non désirées.

Les relations sexuelles avant le mariage chez les jeunes sont courantes, et l’abstinence ne constitue pas la première méthode de prévention des grossesses avant le mariage. Le stigma de la contraception chez les femmes célibataires persiste en milieu urbain à un certain degré, mais il est moins important qu’en milieu rural.

La majorité des jeunes n’utilisent pas de méthode de contraception pour plusieurs raisons : le lien entre les méthodes de prévention des grossesses et de prévention du Sida et autres MST affecte les comportements de nombreux jeunes qui considèrent que demander à leur partenaire d’utiliser un préservatif est une preuve de défiance ou peut être interprété comme tel. Les options de contraception hormonales sont sujettes à des rumeurs persistantes sur leur manque de sécurité. En raison de l’extrême importance d’avoir un enfant, beaucoup de jeunes femmes sont réticentes à adopter des méthodes de contraception qui pourraient mettre en danger leur fertilité future, et espèrent que les méthodes naturelles de prévention des grossesses seront suffisantes. L’inégalité des relations hommes-femmes constitue également un facteur important de la non utilisation de contraceptifs chez les jeunes.

Les couples urbains ont tendance à être plus équitables que ceux vivant en zone rurale, ce qui facilite la communication sur la planification familiale dans les villes.

Dans la mesure où les hommes représentent la principale source de revenus des foyers dans les villes, le coût économique d’avoir un enfant les rend plus enclins à partager le désir des femmes de limiter ou espacer les grossesses.

Enfin, une plus grande concentration de professionnels de la santé et de cliniques dans les villes facilite l’accès aux services de planification familiale pour ceux qui souhaitent y avoir recours.

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